Une innovation ou « Un ventilateur
intelligent » !
L'utilisation
de moteurs asynchrones 50 Hz impose une vitesse de rotation
maximale voisine de 3000 tours/mn, ce qui nécessite un diamètre
de turbine d'environ 25 cm pour avoir une pression voisine de 10
cm d'eau. Pour augmenter cette vitesse, ce qui permettrait de
réduire l'encombrement de la turbine, il faut avoir recours à
des dispositifs électroniques de variation de fréquence appelés
variateurs. Mais ces moteurs ainsi commandés présentent de
l'inertie qui, associée aux temps de réponse des systèmes
électroniques, limite l'efficacité d'une commande brusque d'une
variation de vitesse, nous allons voir ultérieurement l'intérêt
d'une telle variation !
Depuis
quelque temps, les aéromodélistes (mon ami Yves pratique cette
activité et c'est ainsi que nous avons entrepris notre
collaboration) équipent leurs avions de moteurs électriques
puissants extrêmement performants, pouvant tourner à des
vitesses supérieures à 10000 tours/mn et que l'on peut faire
varier très rapidement (les nécessités de pilotage imposent
évidemment ces contraintes). Ces moteurs à courant continu
portent le nom de « moteur brushless ». La photo montre un tel
moteur qui, malgré sa très petite taille, peut fournir une
puissance de 150 Watts !

Un moteur "brushless"

Une turbine
Ces
merveilleux petits moteurs étant disponibles commercialement
avec les circuits électroniques de commande (appelés
contrôleurs) à des prix très abordables, nous avons entrepris de
les mettre en œuvre pour la réalisation de ventilateurs
centrifuges. Le grand changement immédiat réside dans les
dimensions de la turbine. J'utilise maintenant des turbines de 9
cm de diamètre construites en carton-plume épais de 3 mm. Elles
sont munies de 6 pales hautes de 13 mm qui font un petit angle
avec le rayon, selon le schéma suivant. Le trou d'aspiration a
un diamètre de 4 cm.

Schéma de la turbine.

La turbine assemblée.
La
volute, en médium, est cylindrique. La turbine est positionnée
axialement, l'espace latéral entre la volute et la turbine est
constant, il est presque égal au rayon de la turbine. La
distance entre les flasques de la volute et les disques de la
turbine est voisine de un centimètre. Au niveau du trou
central pour l'entrée de l'air, une adaptation permet un écart
d'environ un millimètre.

La volute. Le fond est découpé
dans une planche épaisse de 16 mm.
Les parois latérales sont faites avec 3 couches de médium
épaisses de 3 mm, collées.

Le fond de la volute avec
l'emplacement du cylindre qui contient le moteur collé sur de la
mousse en PVC afin d'éviter les vibrations. On voit le moteur
sur le côté droit.
L'alimentation
électrique se fait sous 12 Volts (cc) et nécessite quelques
Ampères. Un circuit d'électronique numérique permet très
simplement de commander la vitesse de rotation entre 0 et 12.000
tours/mn à l'aide d'une tension comprise entre 0 et 5 Volts. La
courbe ci-dessous montre la pression à vide (débit nul) en
fonction de cette tension de commande.

Pression (cm d'eau) en fonction
de la tension de commande (V).

Un ventilateur muni d'un moteur
brushless (la présence du tournevis permet de se faire une idée
des dimensions).
Disposant
d'un ventilateur dont le régime peut très facilement varier
grâce à un signal de commande compris entre 0 et 5 Volts, j'ai
mis en œuvre un nouveau mode de régulation de la pression dans
mes orgues. Le système mécanique traditionnel de « vanne »
d'admission commandée par l'élévation de la table d'un soufflet
a été radicalement abandonné. Il suffit alors de relier
directement le ventilateur aux sommiers de l'instrument et
d'imposer un régime de rotation permettant une pression stable.
Un avantage évident est lié au fait que lorsque l'on ne joue
pas, le moteur tourne à son régime minimum pour assurer la
pression désirée, le bruit du ventilateur est alors réduit à son
minimum. Le moteur accélère lorsqu'on demande du vent pour faire
parler les tuyaux. Le bruit parasite (faible !) s'accroît
lorsque l'orgue augmente son niveau d'émission sonore. En termes
de physicien, on optimise ainsi le « rapport du signal au bruit
» !
Pour
faire tourner le moteur à la bonne vitesse, je garde un soufflet
à membrane (cliquez ici pour voir la
page sur la Fabrication du « soufflet à membrane ») chargé
de poids correspondants à la pression désirée. C'est l'élévation
de la table ainsi chargée qui détermine la tension de commande.
Deux méthodes assez différentes apportent une solution. Elles
présentent chacune des avantages certains. La première méthode,
la plus élémentaire, utilise un simple potentiomètre mono-tour
couplé à la table par à une ficelle et une poulie. On obtient
ainsi très facilement une tension qui croît lorsque la table du
soufflet descend. Une demande de vent provoque un abaissement de
la table qui est immédiatement compensé par un accroissement de
la pression délivrée par le ventilateur. Cette pression est donc
ainsi très bien stabilisée. Une seconde méthode plus élégante
permet d'effectuer la même fonction sans contact, il n'y a donc
plus d'usure possible du dispositif. Un simple capteur optique
mesure la position de la table et génère directement la tension
de commande. Par bonheur, on trouve de tels capteurs répondant
exactement au besoin et que l'on peut utiliser directement sans
adaptation électronique. De plus, leur prix n'est pas très
élevé... Le schéma de principe de cette dernière méthode est
représenté sur la figure suivante.

Schéma de la régulation de
pression par le contrôle de la vitesse du moteur avec un capteur
optique qui mesure le déplacement de la table du "soufflet" .
V : Ventilateur brushless.
S : Sommier de l'orgue.
C.O : Capteur optique de distance.
T : Table du soufflet.
E : Circuit électronique de commande du moteur.
Régulation avec un potentiomètre
:

Une poulie transforme le
mouvement rectiligne vertical de la table en rotation de l'axe
du potentiomètre.
Une simple ficelle et un ressort de rappel assurent cette
fonction.
Régulation avec un capteur
optique de distance :

Le capteur est déporté à
l'extérieur, un petit écran blanc au bout d'un levier permet au
capteur une mesure de l'élévation du soufflet.
Constatant
l'amélioration évidente obtenue avec ce mode de soufflerie, j'en
ai systématiquement équipé tous mes instruments. Il en résulte :
–
moins de bruit du ventilateur.
–
Un vent beaucoup plus stable et limpide (absence de turbulences)
–
Une pression sans secousses.
Remarque : J'obtiens, en plus, une réduction importante du bruit
résiduel en plaçant un « piège à bruit » à la sortie du
ventilateur. C'est une simple boite en bois, parallélépipédique,
tapissée intérieurement d'une mousse absorbante. L'air rentre
d'un côté et ressort par une autre face.

Pour permettre une mise en
œuvre efficace de cette nouvelle méthode de soufflerie, en
particulier pour faire tourner le moteur brushless, Yves MONFORT
a très généreusement accepté de faire partager ses talents
d'électronicien. Nous lui devons donc le chapitre suivant.
Cliquez ici pour accéder au chapitre
sur le moteur brushless.